Pourquoi faire simple quand on peut faire… français ?

Il y a des projets qui semblent simples sur le papier et qui se transforment en véritables parcours du combattant dès que l’on s'y frotte.
L'idée de départ était pourtant limpide : permettre à des voyageurs en tente, van aménagé ou camping-car de poser leurs bagages pour une nuit au Château des Fours, via des plateformes de réservation comme Campspace ou RoadSurfer Spot - le principe d'Airbnb - pour ceux qui recherchent autre chose qu’un cours d’aquagym ou l’élection de Miss camping. Rien de révolutionnaire, rien de pharaonique. Un emplacement. Quelques campeurs. Un peu de nature et le plaisir de partager un petit bout de patrimoine historique.
Pour faire les choses dans les règles (on est couillon parfois…), je dois faire une déclaration en mairie…
Episode I - Le formulaire qui ne CERFA rien.
Dès le départ, les choses se compliquent : la Mairie a un doute sur le "superbe" formulaire CERFA que je lui apporte. Est-ce bien le bon ?
Moi, j’ai téléchargé ce formulaire CERFA sur service-public.fr après avoir cherché les mots clés « déclaration préalable », cela me semblait judicieux. CERFA pour « Centre d’enregistrement et de révision des formulaires administratifs » (Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai déjà les poils qui se dressent). Et évidemment, mon CERFA n’est qu’à moitié complété parce que je n’ai pas fait 10 ans d’études, je ne suis donc pas en mesure de cocher du premier coup les bonnes cases. La Mairie m’aidera, j’espère…
La Mairie se renseigne, hésite et m’invite à envoyer un message au service de l’urbanisme, en donnant les détails de mon projet de louer un emplacement à des campeurs de passage, pour connaître le bon formulaire à remplir.
Mon CERFA incomplet n’ira donc pas plus loin. Poubelle !
Episode II - "Urba" et Orbi.
("l'urbanisme contre le peuple" - traduction au doigt mouillé de l'expression latine).
j'adresse donc un message au service de l'urbanisme, grand gardien de son Code.
J’explique alors dans mon message que je veux mettre à disposition UN emplacement sur mon terrain pour que des campeurs en tente, van aménagé ou camping-car (donc un seul véhicule) viennent y passer la nuit. Je pensais utiliser le CERFA 16703*02 car Il y a dans la section 4.2 « à remplir pour déclaration …. /… ou d’un terrain mis à disposition de campeurs » mais, à la mairie et à l’Office de Tourisme on ne sait pas me dire si c’est le bon CERFA à utiliser (ce que je comprends volontiers, la demande n’étant pas, j'imagine, très habituelle).
Réponse du service de l’urbanisme :
C’est interdit car il faut créer une société et aménager un camping aux normes.
Moi :
Hhhhhhhh… (étouffements).
Visiblement, la notion de "terrain mis à disposition de campeurs par un particulier" leur est étrangère (les gardiens du Code n'ont visiblement pas toutes ses clés). Je ne veux pas ouvrir un parc résidentiel de loisirs, messieurs-dames, je veux juste qu'un randonneur puisse planter sa tente un soir, regarder les étoiles et peut-être apercevoir un lièvre ou 2 / 3 chevreuils au petit matin.
Episode III - La revanche du site ?
(les plus très jeunes Padawans comprendront).
Qu'à cela ne tienne, je ne m’avoue pas vaincu ! Je fais mes propres recherches, je me documente, j’harcèle Chat GPT, Perplexity, Claude ai, Google Gemini et… sur un site pas très connu (.gouv.fr), je trouve enfin une réponse qui semble sensée :
pour UN seul emplacement et quelques personnes, un simple formulaire CERFA 13404*07 déposé en mairie suffit.
Pas de société. Pas de bassin de rétention des eaux pluviales ni de bloc sanitaire aux normes PMR. Juste une déclaration en Mairie et un coup de tondeuse si l’herbe est trop haute. Victoire !
Victoire ? Ah bah non, mauvaise pioche ! Car en creusant encore, je tombe (oui là, j’ai creusé ma tombe) sur la "petite subtilité" qui ruine toutes les illusions que je n’avais pas encore perdues : ce n’est pas autorisé sur les sites classés. Et le Château des Fours, justement... est un site classé.
Désillusion supplémentaire : si j’achetais mon propre camping car, son stationnent au Château des Fours (mon propre terrain et mon habitation principale) n’en serait pas plus autorisé !
Moi :
Grrrrrr (colère).
Episode IV - un nouvel espoir ?
(Le côté obscur de la Force, redouter tu dois).
J’ai perdu une bataille, perdrais-je la guerre ?
Re-Chat GPT, re-Perplexity, re-Claude ai et re-Google Gemini…
La Force est avec moi, la parade ultime existe ! : faire une demande de dérogation.
En plus c’est super simple, il suffit juste de constituer un dossier avec :
- le descriptif du projet (une « notice explicative » en bon français administratif),
- un plan de situation,
- un plan cadastral,
- un plan de localisation de l’emplacement sur la propriété,
- un plan d’aménagement, avec les voies d’accès,
- un descriptif des équipements mis à disposition,
- un descriptif de la gestion des eaux sales et des déchets,
- une étude sur l’impact visuel du projet ainsi que les solutions proposées pour le limiter.
- des photos en couleur.
En 4 exemplaires (sinon c’est pas drôle).
Moi :
Ploc, ploc, ploc… (gouttes de sueur qui tombent de mon front).
La cerise sur le gâteau : cette dérogation ne relève pas de la compétence de la Mairie. Il faut l'aval de l'Architecte des Bâtiments de France et l'accord du Préfet. Les services concernés : Préfecture / DRAC / UDAP / ABF / DDT / DREAL et CDNPS (et on évite de justesse la SNCF et le A++ de mon frigo !).
Autrement dit : des mois (des années ?) de courriers, de relances, de dossiers (incomplets ou avec de mauvais CERFA) et de rendez-vous pour… un emplacement, une tente, une nuit !
Moi :
Pffff... (dépité).
Epilogue - Génération désenchantée.
"Mais rien n’a de sens, et rien ne va" - "Tous mes idéaux : des mots abîmés" (Mylène Farmer)
J'abandonne donc ce projet, non sans regret. Ce qui aurait pu être une ouverture supplémentaire du Château des Fours au tourisme itinérant — discret, respectueux, en phase avec les nouvelles façons de voyager — se heurte à un mur règlementaire et administratif que ni la bonne volonté ni le bon sens ne suffisent à franchir.
On nous parle de tourisme durable, de circuits courts, de valorisation du patrimoine rural ; sur le terrain, on décourage précisément ceux qui essaient, modestement, de le mettre en pratique. Cherchez l’erreur.
Au fond, ce n’est pas tant l’interdit qui me décourage que l’incapacité de notre système à faire la différence entre un projet de grande ampleur et un simple carré d’herbe partagé pour une nuit.
Alors le terrain restera silencieux, les chevreuils auront la paix, les randonneurs iront dormir au camping municipal et pour moi, terminé chaque année le salon du camping car.